Et si créer, c’était tout simplement mettre au monde, donner naissance à une multiplicité de petits indices qui témoignent du miracle de la vie. Dans ma peinture, je crie mon amour de l’existence, ma rage de m’accrocher, coûte que coûte, j’exprime la douceur des sentiments qui m’animent avec tant de violence. Immergée dans un respect profond de cet emmerveillement, celui la même qui fait souffrir, il m’importe de rendre hommage à cette energie folle qui exhulte du bonheur. La sensibilité est une force qui arrache les coeurs certes, mais pour les faire battre plus fort encore ! Je veux que mon coeur batte si fort, qu’il rythme ma peinture de la promesse que la lumière est là !
Et quand les douleurs arrivent comme autant de vagues, et s’en suivent des déferlantes qui submergent l’âme, je clame que tout recommence si différement dans les couleurs, tout se répète si diversement dans les structures, que tout continue si immobilement sur une toile. L’inertie vertigineuse et le mouvement cataleptique. Tel est mon monde, qui rêve de couleurs en percant ses nuances dans les contrastes du noir et de son allié, le blanc.
Ma liberté d’imaginer n’accepte pas les contraintes de la figuration dans laquelle mon esprit s’étouffe. Je respire dans les couleurs que je disperse selon l’émotion du moment. Cette émotion, reçue sans condition, sans concession, sans indulgence est un don prodigieux que je ne veux pas combattre, mais simplement vivre pour pouvoir l’offrir en bataille rangée sur une toile, dans toute sa pureté, son intensité. Ne jamais la dompter, elle qui est belle parce que sauvage, respecter ses humeurs changeantes et incontrôlables, la laisser vivre et s’épanouir, quel qu’en soit le prix à payer, car ma peinture abstraite ne s’abreuve que de la sève qui coule dans ses palettes où chaque couleur s’avance avec humilité car consciente que le clair nait de l’obscur.




