J’entre dans ma peinture de manière très physique. Je tiens à explorer avec mes mains les matières que je travaille. Les pigments sont appliqués à l’état pur, sans liant.
Pour « laver » mes toiles, je me sers d’eau et d’encres végétales. Elles teintent le fond et repoussent dans leurs sillages des particules de pigment déposé.
Ensuite, commence ce que je nommerais prosaïquement « le ménage » !
A l’aide d’une multitude de chiffons je nettoie, je lisse, je frotte, je tamponne mes fonds. Grâce à cette technique, j’organise les couleurs entre elles. Des nuances variées apparaissent et se mettent en action les unes par rapport aux autres.
Lorsque ce travail me semble suffisamment abouti, j’y insère « des morceaux de vie», des extraits de livres, de vieux bouquins que je récupère en tous lieux et que je sauve souvent, in extremis, d’une fin tragique dans la benne. Ces éléments rajoutés sont, à mes yeux, le symbole d’une mémoire collective construite par l’humanité. Ce sont l’Histoire, les racines, la terre qui viennent ainsi prendre place sur certaines de mes toiles.
D’autres séries de tableaux sont inspirées par la musique ; les partitions se déroulent et se superposent, ouvrant ainsi la voie à une recherche toute en harmonie.
Le pinceau, instrument mythique par excellence du peintre, je l’utilise tout à la fin. Je veux le trait net et précis. Il sera le ciseau qui découpera et organisera les espaces, soulignera l’une ou l’autre spécificité du tableau, accentuera une courbe ou un mouvement.
Parfois, selon ma couleur intérieure, tout basculera, dans l’univers des bleus cosmiques et le Temps se liera intimement à la Mémoire.




